Le stigmate est « une caractéristique, un attribut (couleur de peau, sexe, âge…) associé à des traits et des stéréotypes négatifs qui font en sorte que ses possesseurs subiront une perte de statut et seront discriminés au point de faire partie d’un groupe particulier 1». Les stigmates sont des « attributs stéréotypés ».

C’est le regard négatif porté sur un attribut, une caractéristique des membres d’un groupe (religion, couleur de peau, ethnie, orientation sexuelle, sexe, âge…) qui fait que cet attribut ou caractéristique devient stigmate, et déprécie le stigmatisé2. En ce sens, c’est donc le processus social de stigmatisation qui crée le stigmate.

Etre stigmatisé, c’est posséder « une identité dévalorisée, jugée inférieure par les autres ». La dévalorisation issue de la stigmatisation peut entraîner un déficit d’estime de soi chez les personnes stigmatisées. Plus la discrimination est stable et chronique, récurrente, inscrite dans les fonctionnements de la société et perçue comme légitime par le stigmatisé, plus le sentiment d’un déficit d’estime de soi est important.

Etre stigmatisé, c’est être perçu et désigné en référence aux stéréotypes négatifs associés à un ou plusieurs de ses attributs. Le stigmate comme « un attribut qui jette un discrédit profond sur celui qui le porte » (Gauffman, 1975) constitue une atteinte à la personne. Il nuit à la construction positive de soi. La personne est écartée du jeu social car elle ne peut défendre une « valeur sociale positive ». Discrimination et stigmatisation sont ainsi liées : la stigmatisation d’un groupe, à travers une catégorisation par rapport une caractéristique, produit de la discrimination. En retour, la discrimination produit de la stigmatisation par effet de « rétroaction négative ».

Le stigmate peut créer le comportement. En retour, il existe des processus de retournement du stigmate qui font du stigmate un médium de communication, de revendications, d’actions, etc. Le stigmate est alors mobilisé et revendiqué par le stigmatisé comme révolte contre sa situation de dominé (comme dans les slogans noirs-américains « Black is beautiful », « Black Power » ou les jeunes « issus de l’immigration » mettant en avant leur origine nationale).

Ce n’est pas la caractéristique d’une personne qui crée la discrimination mais le jugement social qui est porté sur cette caractéristique et l’utilisation qui en est faite pour traiter la personne. Ce jugement social et son utilisation vont faire de cette caractéristique un motif de discrimination.

« Ainsi, le phénotype ou la « race » par exemple, ne sont jamais des réalités brutes, mais des jugements sociaux. Le motif de discrimination ne préexiste pas à la relation sociale. Ce n’est pas le sexe féminin, la grossesse, le handicap, le patronyme etc. qui causent la discrimination, mais bien l’image que s’en fait le discriminateur et les conséquences qu’il en tire pour traiter les personnes visées3».

Ce ne sont pas des différences préexistantes que découle une hiérarchie mais les hiérarchies sociales, c'est-à-dire l’interprétation de ces différences en termes de classement social hiérarchisé, qui créent les différences4.

 

Ressources documentaires

Manuels généraux d’introduction à la psychologie sociale

  • Leyens J.P. & Yzerbyt V., Psychologie sociale. Bruxelles: Mardaga, 1997
  • Fischer G.N., Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, Paris: Dunod, 1987
  • Moscovici S., Psychologie sociale, Paris: P.U.F., 1984

Ouvrages thématiques

  • Leyens J.P., Yzerbyt V. & Schadron G., Stéréotypes et cognition sociale. Liège: Mardaga, 1996
  • Mugny G., Oberle J.L. & Beauvois J.L., Relations humaines, groupes et influence sociale. Grenoble: Presses Universitaires de Grenoble, 1995
  • Revue Pluriel Recherche, Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques, cahier n° 3, Paris, L’harmattan, 1995
  • Bourhis R.Y. & Leyens J.P. (eds)., Stéréotypes, discrimination et relations intergroupes. Liège: Mardaga, 1994
  • Jodelet D., Les représentations sociales, PUF, 1989
  • Goffman E., Stigmate, Paris, Minuit, 1975
  • Tajfel H., La catégorisation sociale, in, Moscovici S., Introduction à la psychologie sociale, vol. 1, Paris, Larousse, 1972, p. 272
  • Levi Strauss C ., La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962

Articles

  • Krueger J. I., Accentuation effect and illusory change in exemplar-based category learning, in, European Journal of social psychology, n°21, 1991, pp. 37-48
  • Fotia Y., Discrimination raciste : de quoi parle-t-on ?, Les figures de la domination, n°1

Site web

http://www.prejuges-stereotypes.net/indexFlash.htm

ou (autre lien vers le même site si le premier ne fonctionne pas)

http://www.prejuges-stereotypes.net/main.htm


Notes :

  1. Croizet, J. C., Leyens, J. P., Mauvaise réputation. Réalités et enjeux de la stigmatisation sociale, Paris, Armand Colin, 2003, p13
  2. Goffman E., Stigmate, Paris, Minuit, 1975
  3. Inégalités et discriminations, pour un usage critique et responsable de l’outil statistique, 5 février 2010, Rapport du Comité pour la mesure de la diversité et l’évaluation des discriminations (COMEDD), présidé par M. François Héran, présenté à M. Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances
  4. Simon J.P., Différenciation et hiérarchisations sociales, in, Les cahiers du Cériem, n°2, mars 1997

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