Représentations sociales, catégorisation, stéréotypes et préjugés

Les représentations sociales :

Une représentation est une perception, une image mentale, etc. dont le contenu se rapporte à un objet, une situation, une scène, etc. du monde dans lequel vit le sujet.

Selon Levi Strauss, tout groupe produit un certain nombre de croyances et d’idées, de normes et de représentations de la réalité qui sont prises comme telles acceptées sans restriction, jamais remises en cause, jamais démontrées ou justifiées 1.

Pour comprendre son environnement, l’individu construit des représentations et utilise celles-ci pour régler sa conduite.

« Une représentation sociale est une forme de connaissance, dite de sens commun, socialement élaborée et partagée, constituée à partir des expériences, des informations, des savoirs, des modèles de pensée. Elle a une visée pratique d'organisation, de compréhension et d'orientation des conduites. Ces représentations sont produites par des individus et portent la marque de leur milieu d'appartenance. Elles agissent comme des grilles de lecture et des guides d'action2».

La catégorisation :

La catégorisation renvoie à « des processus psychologiques qui tendent à ordonner l’environnement en terme de catégories : groupes de personnes, d’objets, d’événements en tant qu’ils sont soit semblables, soit équivalents les uns aux autres pour l’action, les intentions ou les attitudes d’un sujet 3».

La catégorisation permet donc de regrouper des personnes qui sont (ou nous paraissent) similaires. Les critères de ces regroupements sont arbitraires. Ils prennent en compte certaines dimensions (par exemple, la couleur de peau, le sexe, l’appartenance religieuse,) et en laissent d’autres de côté.

Lorsqu’on attribue des opinions spécifiques aux caractéristiques (comportement, valeurs, traits physiques, psychologiques, moraux…) parfois supposées des différents groupes et en les généralisant à tous les membres du groupe, la catégorie devient stéréotype.

Nous pensons par catégorie. La catégorisation a un rôle de structuration de l’environnement, le découpant, l’organisant et, par là même, le simplifiant. Cette simplification augmente la perception des différences entre les catégories par « effet de contraste » et symétriquement, augmente la perception des similitudes à l’intérieur d’une même catégorie par « effet d’assimilation4». C’est le « principe d’accentuation ».

Les stéréotypes :

« Les juifs sont radins », « les français sont chauvins », « les noirs sont paresseux », « les japonais sont travailleurs », « les femmes sont plus émotives », « les homosexuels sont efféminés », « les jeunes des quartiers sont délinquants », « les gros sont sympas »…

Les stéréotypes sont des représentations sociales et un mode de catégorisation. Ce sont des croyances, des idées, un ensemble de convictions socialement partagées sur les caractéristiques des groupes et de leurs membres : traits de comportement, valeurs, apparence physique, traits psychologiques, intellectuels, moraux, capacités physiques ou rôles sociaux…

Le stéréotype est un cliché, une image mentale. C’est une « opinion toute faite » portée sur un groupe de manière extrêmement simplificatrice, à titre permanent et généralisée à tous les membres du groupe. Les stéréotypes se caractérisent par leur résistance aux expériences, à la réalité et à la raison. L’opinion portée peut être aussi bien favorable que défavorable5. Le stéréotype est donc « une image » qui s’intercale entre notre perception du monde et sa réalité.

Ce sont des « raccourcis » de la pensée. Le stéréotype part de l’individu pour généraliser une opinion à tous les représentants de son groupe. Il applique une définition unique à tous les membres de ce groupe et ne tient pas compte des différences individuelles. « Ils se ressemblent tous », « Ils sont comme ça ». Cette généralisation abusive, à partir de singularités observées, a pour but de simplifier la réalité.

Les stéréotypes nous permettent de classer, d’ordonner les individus et les groupes pour donner un sens au monde qui nous entoure.

L'artiste Jonathan Icher a représenté les stéréotypes alimentaires de différents pays dans son projet "Fat Flag"

Ils ont une fonction de différenciation avec « les autres », permettent de maintenir notre cohésion, notre image et de justifier nos croyances. Ils exacerbent la perception des différences entre les groupes en se focalisant d’avantage sur les différences que sur les similarités. Les stéréotypes englobent souvent des croyances ethnocentriques et s’accompagnent de tendances à valoriser notre propre groupe (endo groupe) en dévalorisant et en infériorisant les autres groupes (exo groupes). Ils accroissent la distance qui sépare les groupes.

Même s’il existe des stéréotypes positifs, ils sont le plus souvent dépréciatifs et négatifs. Ils sont généralement basés sur certaines images acquises à l'école, dans la famille, par le biais des médias... S’ils se fondent parfois sur des observations réelles, ils peuvent trouver leur origine dans des croyances, des suppositions et non des faits. Ils peuvent ainsi déformer la réalité.

La particularité des stéréotypes est qu’ils peuvent être « des prophéties qui se réalisent ». Ils peuvent influencer les comportements des groupes stéréotypés et de leurs membres. Il s’agit par exemple de l’ « effet Pygmalion » (mise en conformité des comportements d’une personne avec les attentes à son égard).

Les préjugés :

Le préjugé se fonde sur un ou plusieurs stéréotypes, et aboutit à un jugement de valeur généralement dépréciatif, intégrant une dimension affective (attirance ou répulsion).

Il peut être définit comme une « attitude de l’individu comportant une dimension évaluative, souvent négative, à l’égard de types de personnes ou de groupes, en fonction de sa propre appartenance sociale. C'est donc une disposition acquise dont le but est d’établir une différenciation sociale » (Fischer, 1987). 

Préjuger signifie « juger préalablement », « juger avant ». Le préjugé est un jugement sans fondement à l’égard de personnes, de groupes, d’une institution ou de tout un milieu social. Comme le stéréotype, il établit une généralisation abusive, erronée et rigide. Le préjugé correspond avant tout à une attitude positive ou négative adoptée envers les membres d’un groupe. Il repose le plus souvent une croyance fausse, mal informée et non nécessairement sur des faits réels ou sur le comportement particulier d’un individu ou d’un groupe.

Préjugés tirés de l'exposition "La tête de l'emploi"

 

 

Les préjugés nous sont inculqués par notre milieu social, notre culture et notre éducation, et sont influencés par l’époque. Ils peuvent être conscients et explicites mais également implicites, ancrés dans nos inconscients collectifs. C’est pourquoi ils sont très difficiles à modifier ou à supprimer.

Préjugé et stéréotype sont deux notions très liées

Le stéréotype apparaît comme une image figée, une croyance, une opinion, une représentation collective, concernant un groupe et ses membres, alors que le préjugé désigne un jugement de valeur, affectif, une appréciation ou l’attitude adoptée envers les membres du groupe en question (pour simplifier, un attitude est un jugement simple de type « j’aime »/ « j’aime pas »). Le stéréotype est plus neutre et plus général. On peut donc dire que le stéréotype du noir, du maghrébin ou du juif est l’image collective qui en circule et l’ensemble des traits que l’on lui attribue, alors que le préjugé est la tendance à juger favorablement ou défavorablement un noir, un maghrébin ou un juif par le seul fait de son appartenance de groupe. Les stéréotypes sont des croyances plus solides, plus ancrées que les préjugés, et donc moins faciles à déconstruire.

Les préjugés présupposent obligatoirement l'existence de stéréotypes. Cependant, on peut avoir des stéréotypes qui ne se traduisent pas en préjugés.

Exemple :

Stéréotype : « Les punks sont des marginaux »

Préjugé : « Les punks sont sales, agressifs, dangereux… ». C’est ne pas aimer les punks sans les connaître.

Les préjugés et stéréotypes exacerbent les différences entre les groupes ("nous sommes différents d'eux") et amplifient l'homogénéité à l'intérieur des groupes ("ils se ressemblent tous"). Ils ont pour conséquence la production d’un classement social, c’est-à-dire d’une frontière entre un « nous » et un « eux ».

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Notes :

  1. Levi Strauss, La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962
  2. Jodelet D., Les représentations sociales, 1993
  3. Tajfel H., La catégorisation sociale, in, Moscovici S., Introduction à la psychologie sociale, vol. 1, Paris, Larousse, 1972, p. 272
  4. Fotia Y., Discrimination raciste : de quoi parle t’on ?, Les Figures de la domination, n°1
  5. D’après la revue Pluriel Recherche, Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques, Paris, L’harmattan, n° 3, 1995

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